Alors que le XXIe siècle s’ouvre sur un changement de paradigme marqué par une évolution fondamentale des valeurs et par l’importance accrue que la société leur accorde, le principe du « pas vu, pas pris », encore très largement répandu dans nos sociétés, représente le plus grand défi éthique des années à venir.

Le monde des affaires a soif de morale ! Il devient désormais urgent de se prendre par la main et de cesser de justifier de comportements immoraux par le strict respect des lois, de procédures internes, de limites géographiques ou techniques, de chartes ou de codes éthiques qui sont autant d’écrans de fumée masquant une autre réalité.

 

Entre Ethique et Morale, de quoi parle-t-on au juste ?

Ces deux termes signifient « mœurs » et se rapportent l’un comme l’autre à la sphère des valeurs et des principes moraux. L’un « la morale » provient du mot latin mores et l’autre « l’éthique » du grec êthos.

Souvent utilisée dans un registre moralisateur, symbole d’une morale chrétienne que l’on oppose à la laïcité, « la morale » souffre d’une connotation négative en France. On lui préfère alors, paré d’une certaine forme d’hypocrisie, le terme d’éthique.
Selon les définitions traditionnelles, l’éthique relève d’un processus de questionnement individuel, proposant de s’interroger sur les valeurs et les principes moraux qui doivent orienter nos actions.

La morale précède donc l’éthique puisque celle-ci doit s’y référer ! Comment dans ce cas aborder l’éthique sans parler de morale ? Pourquoi cette question passe-t-elle au second rang des préoccupations, notamment dans les entreprises ?

Est-ce la confusion des mots qui est à l’origine de la confusion des idées ? Ou est-ce parce que l’idée d’une responsabilisation collective permet le déni d’une responsabilité individuelle ?

 

La crise que nous traversons est avant tout une crise morale !

Moralisation de la vie publique, moralisation de l’économie, …. Tous ces termes très à la mode ne sont-ils pas finalement très commodes pour déresponsabiliser les acteurs du monde économique.

Ce que l’on appelle la « morale/l’éthique des affaires » n’a rien à voir avec l’éthique ou la morale. L’entreprise en tant que telle n’a pas d’éthique, c’est un non-sens. Elle n’est pas elle-même sujet d’actes moraux, moins encore d’une éthique. Seuls les hommes en son sein prennent des décisions. Il vaudrait mieux alors parler de l’éthique des hommes de cette entreprise. Car ce sont toujours des Hommes qui prennent les principales décisions, qui sont responsables des choix effectués et donc ce sont eux qui ont ou n’ont pas un comportement éthique.

Cette question est centrale et l’on retrouve cette confusion à tous les niveaux. C’est ainsi que l’on parlera de l’éthique du capitalisme, de l’éthique de l’économie, …

En jouant sur cette ambiguïté, nous diluons la responsabilité. Pour rétablir une véritable éthique, ne faudrait-il pas réaffirmer le primat de l’homme sur les institutions ? Réaffirmer que seuls les hommes peuvent faire des choix moraux ou éthiques. Les atteintes à l’éthique ne sont-elles pas toujours reliées « aux actes concrets des personnes » ? Les vraies responsabilités sont donc celles des individus, pas des organisations.

 

Le retour de la morale

Kant appelait à faire un choix entre ce qui a un prix et ce qui a une dignité. La responsabilité morale nous renvoie au respect de règles de déontologie qui répondent à certaines valeurs.

L’immoralité ne commence-t-elle pas alors lorsque l’éthique devient un alibi de communication ? Un rapport biaisé, voir cosmétique à des déclarations de valeurs qui n’aboutissent pas à des décisions concrètes et des changements de comportements ?

Las de voir toutes ces entreprises vanter leurs valeurs quand dans le même temps leurs dirigeants rompent leurs promesses, de nombreux acteurs ont décidé d’agir pour faire évoluer la situation.

  • Boycotte des entreprises immorales : C’est pour alerter sur ces pratiques que l’association à but non lucratif I-buycott a lancé le 22 septembre 2018 l’application BuyOrNot. Cette application propose de scanner un produit de supermarché et de voir si l’entreprise à son origine est au cœur d’un scandale. Les messages qu’elle transmet sont par exemple les suivants : savez-vous lorsque vous achetez votre café chez Starbucks que cette entreprise recourt à l’optimisation fiscale ? ou qu’acheter une bouteille de Coca-Cola participe à l’assèchement des nappes phréatiques au Mexique ?

 

  • Création d’entreprises à mission. Certains acteurs comme la CAMIF (pionnière sur le sujet en France) ont décidé de bousculer les codes en s’inscrivant dans de nouveaux modèles d’entreprises qui s’attachent à prendre en considération des intérêts bien plus larges que le simple profit. La mission que la CAMIF a inscrit dans ses statuts est de proposer des produits et services pour la maison au bénéfice de l’Homme et de la planète et de mobiliser son écosystème pour inventer de nouveaux modèles de consommation, de production et d’organisation. Honorée « Best for the World » pour son score sur l’impact positif sur sa communauté, la CAMIF se place parmi le top 10% des meilleurs BCorp dans le monde.

 

Et pour Conclure

Le défi moral de nos sociétés modernes impose une nouvelle vision de l’éthique, un nouveau sens moral plus adapté à la congruence des évolutions, car n’en doutons pas, nos sociétés auront bientôt à trancher sur certains choix éthiquement délicats.

Si nous voulons être éthiquement/moralement responsables, il nous faudra alors axer le fondement de nos réflexions sur nos valeurs, celles qui permettent à l’homme de dépasser les affres de son égo pour une quête plus altruiste. Ne plus être « le meilleur au monde » mais être « le meilleur POUR le monde ».

 

Sabine DRUJON, Président de la société VALUES & SENSE