De la maîtrise des risques…. à l’innovation

 « Il n’est rien de plus difficile à prendre en main, de plus périlleux à diriger, ou de plus aléatoire, que de s’engager dans la mise en place d’un nouvel ordre des choses, car l’innovation a pour ennemis tous ceux qui ont prospéré dans les conditions passées et a pour tièdes défenseurs tous ceux qui peuvent prospérer dans le nouvel ordre des choses. » Nicolas Machiavel.

 

Changement de paradigme

 Et si dans un monde en pleine mutation, à l’heure de la révolution digitale qui accélère le mouvement et raccourcit le temps, les business models traditionnels venaient à être remis en cause par de nouveaux modèles disruptifs ?

Et si un modèle d’entreprise à la ligne managériale très marquée s’opposait de plein fouet à un contexte d’innovation et d’environnement protéiforme ?

Et si le protectionnisme d’un groupe d’individu, à imposer sa position sociale, faisait obstacle à l’introduction de nouvelles solutions et venait paralyser notre capacité à évoluer ?

Et s’il nous était impossible, de reconnaître une réalité trop difficile à accepter et des décisions trop difficiles à prendre ?

Et si pourtant cette faculté d’adaptation devenait une question de vie ou de mort ?

 

Ne prendrions-nous pas davantage de risques à ne rien faire ?

  « Le monde est dangereux, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui laissent faire » disait Albert Einstein.

Laisser faire ou ne rien faire peut s’avérer plus dangereux que la prise de risque elle-même. Dans un environnement en mutation, le risque majeur pour certaines entreprises ne devient-il pas en effet le risque de ne pas bouger, de ne pas savoir saisir de nouvelles opportunités et de disparaître faute d’avoir su s’adapter ?

L’aversion des Français pour le risque n’est pas récente. Le principe de précaution maximale règne.

« Cette vision du risque se révèle nocive à la fois psychologiquement, culturellement et socialement » s’inquiétait Maurice Lévy. « La conséquence principale pour notre société est que le risque, devenu danger, dissuade d’entreprendre ».

La notion de risque telle qu’elle est utilisée aujourd’hui apparaît souvent, notamment dans notre culture européenne, comme un obstacle à l’innovation, alors que le risque n’est finalement qu’un mode de représentation, une attitude particulière, au service de l’esprit d’entreprise, donc de l’innovation.

Entreprendre est la vocation première de l’entreprise, comme le rappelle l’étymologie de ces deux mots « inter prehendere » : saisir avec la main. Le mot latin « Prehendere » signifiant : « saisir » prendre » pour maîtriser.

L’innovation nécessite des prises de risques qui permettent aux entreprises de conserver ou d’acquérir une avance technologique, de se démarquer, d’avoir des équipes motivées pour renforcer leur compétitivité. Dans un processus de prise de risques, il faut donc admettre l’initiative, la notion d’essai et d’erreur, qui est la base de la culture entrepreneuriale. Le domaine de l’entrepreneuriat bénéficie probablement d’une vision plus large du risque, incluant à la fois des aspects négatifs et positifs.

“Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment.” Robert Fitzgerald Kennedy.

La démarche qui nous pousse vers le progrès est donc aussi celle qui nous invite à la prise de risque. Prendre la mesure des risques, c’est donc faire évoluer l’entreprise. Plus une entreprise s’engage dans une démarche de Risk Management avec l’idée que les risques peuvent être « valorisés », plus elle s’en trouve transformée.

Si gestion des risques et innovation ont souvent été perçues comme s’excluant mutuellement, la vision du Risk Management est en train d’évoluer. Une étude récente de la FERMA (Federation of European Risk Management Associations) établie que les Risk Managers interviennent de plus en plus fréquemment dans la stratégique d’entreprise et dans le développement d’une culture du risque adaptée à leurs organisations.

 

Mais qu’est-ce que la culture du risque ?

 La culture du risque est une expression souvent utilisée pour pointer « l’absence » de cette même culture. Un certain nombre d’études commandées pour enquêter sur les défaillances d’entreprises ont établi des liens entre la culture du risque et de la performance organisationnelle et le rapport Walker a par ailleurs conclu que les principaux agents causals dans de nombreux cas ont été le comportement et la culture (Walker, 2009).

Toutefois, ce terme de « Culture du Risque » pose problème dans la mesure où il n’existe pas de définitions claires. La culture du risque est encore aujourd’hui un terme polysémique et flou auquel nous tenterons dans une prochaine publication d’apporter une définition.

 

“Il faut savoir risquer la peur comme on risque la mort, le vrai courage est dans ce risque.” Georges Bernanos / Dialogues des Carmélites

 

 

Article publié par Sabine DRUJON le 18 octobre 2016 sur LinkedIn.